Chercher ses clés, oublier un rendez-vous ou avoir un nom «sur le bout de la langue»… Ces petits trous de mémoire font partie du quotidien de nombreuses personnes, surtout avec l’âge. Mais comment distinguer les effets normaux du vieillissement des premiers signes d’un trouble neurocognitif ? En compagnie du Dr Thomas Tannou, gériatre et chercheur-clinicien spécialisé en maladie d’Alzheimer au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, Janette Bertrand fait le point sur les signes à surveiller et les habitudes de vie qui peuvent aider à préserver la santé cognitive.

Dr Thomas Tannou, Gériatre – chercheur
Institut Universitaire de Gériatrie de Montréal – Université de Montréal

Dans le prolongement de la campagne Chère Janette, à travers laquelle des milliers de personnes aînées et de personnes proches aidantes ont partagé leurs préoccupations liées au vieillissement, Janette Bertrand s’est donné pour mission de recueillir des pistes de solutions. Dans cet échange avec le Dr Thomas Tannou, elle aborde les questions que bien des gens se posent sur la maladie d’Alzheimer. Au passage, elle découvre plusieurs façons concrètes de mieux protéger son cerveau.

Vieillissement et mémoire : quand faut-il s’inquiéter?

Avec l’âge, certains processus cognitifs ralentissent et peuvent affecter la mémoire… Un phénomène naturel, selon le Dr Thomas Tannou. « Imaginons un grand saladier qui contient toutes les choses et les personnes qu’on connaît. Quand on est plus jeune, le saladier n’est pas encore très rempli. Plus on vieillit, plus les connaissances s’y accumulent. Avec le temps, trouver le bon nom au fond du saladier prend plus de temps, parce qu’il y a plus de matière à trier », illustre-t-il.

Mais comment savoir si un oubli est « normal » ? À quel moment ne plus se souvenir de ce que nous avons fait la veille doit-il nous préoccuper ? Le gériatre propose de se questionner d’abord : « Ai-je vraiment oublié ce qui s’est passé ou étais-je simplement préoccupé et n’ai-je pas fait attention ? » Lorsqu’un trouble neurocognitif est en cause, l’information demeure inaccessible, même après un effort de concentration, parce que le cerveau ne l’a pas enregistrée. Au contraire, si l’information remonte après un moment de réflexion, il s’agit d’un signe rassurant.

Qu’est-ce que la maladie d’Alzheimer?

La maladie d’Alzheimer est une maladie biologique caractérisée par une accumulation de certaines protéines qui ont un effet destructeur sur les neurones. Elle se manifeste progressivement : il peut s’écouler une quinzaine d’années entre le début de la maladie et l’apparition des premiers signes cliniques.

Ces signes peuvent inclure une difficulté à apprendre de nouvelles choses, à se souvenir de mots courants ou encore à s’organiser et à planifier son quotidien. Tant que la personne peut vaquer à ses activités quotidiennes, on parle de trouble neurocognitif léger. Avec le temps, les difficultés peuvent devenir plus importantes et affecter l’autonomie. On parle alors de trouble neurocognitif majeur.

La maladie d’Alzheimer est l’une des causes possibles des troubles neurocognitifs, mais elle n’est pas la seule. D’autres maladies ou problèmes de santé peuvent aussi affecter la mémoire, comme les accidents vasculaires cérébraux (AVC), la maladie à corps de Lewy ou la maladie de Parkinson.

Un enjeu majeur du vieillissement

Au Québec, 7 % des personnes de 65 ans et plus vivent avec la maladie d’Alzheimer ou un autre trouble neurocognitif. Après 85 ans, cette proportion grimpe à 25 %1.

Au Canada, d’ici 2030, près d’un million de personnes vivront avec la maladie d’Alzheimer2.

Peut-on prévenir la maladie d’Alzheimer?

La maladie d’Alzheimer n’est généralement pas héréditaire, sauf pour certaines formes rares. En revanche, plusieurs facteurs liés au mode de vie et à l’environnement y jouent un rôle. « Près de 50 % des facteurs de risque de développer la maladie d’Alzheimer seraient modifiables », souligne le Dr Tannou.

Une excellente nouvelle aux yeux de Janette Bertrand qui, comme plusieurs, a toujours perçu cette maladie comme une fatalité… Or, plusieurs gestes concrets peuvent être posés pour mettre les chances de son côté.

Bien manger, bouger, socialiser… trois piliers de la santé cognitive

Pour préserver sa santé cognitive, l’exercice physique régulier, comme la marche ou le vélo, et une alimentation équilibrée figurent parmi les habitudes les plus bénéfiques. À l’inverse, le gériatre pointe plusieurs facteurs qui augmentent le risque de développer la maladie d’Alzheimer, comme le tabac, l’obésité, l’excès d’alcool ou la sédentarité.

Une vie sociale active compte aussi pour beaucoup dans le maintien des aptitudes cognitives. Le Dr Tannou insiste d’ailleurs sur l’importance d’utiliser une prothèse auditive lorsque nécessaire. Une bonne audition permet de participer plus activement aux conversations, essentielles pour stimuler la mémoire.

Pour maintenir une bonne « hygiène cérébrale », il faut donc garder son cerveau actif tout au long de la vie… en continuant d’apprendre, en restant curieux et en multipliant les occasions d’échanger avec les autres.

Poursuivre ses activités, même avec un trouble neurocognitif

Lorsque des symptômes de troubles neurocognitifs apparaissent, plusieurs personnes auront le réflexe de s’isoler. À cela peuvent s’ajouter la fatigue et les douleurs liées à l’âge, qui freinent l’envie de sortir, comme le rappelle Janette Bertrand.

Le Dr Tannou met toutefois en garde contre ce cercle vicieux : « Moins on en fait, plus on se désadapte. Plus on se désadapte, plus on a une fatigabilité à l’effort, y compris l’effort cognitif ». Même lorsqu’un diagnostic est posé, il demeure important de rester actif et entouré.

Agir tôt peut faire une différence

Bien qu’il n’existe pas encore de traitement curatif contre la maladie d’Alzheimer, la recherche et la pratique médicale progressent rapidement. Il est aujourd’hui possible de confirmer avec davantage de précision la présence de la maladie d’Alzheimer grâce à des biomarqueurs détectés par prise de sang, dès les tout premiers symptômes de la maladie, et avant même l’apparition de difficultés dans la vie quotidienne. Diagnostiquer la maladie suffisamment tôt est essentiel pour mettre en place les outils nécessaires, d’autant plus que de nouveaux traitements sont désormais disponibles pour ces stades précoces et visent à ralentir l’évolution de la maladie.

Le message du Dr Tannou est simple : il ne faut pas attendre avant de consulter. Une évaluation médicale peut rassurer la personne concernée ou, au contraire, permettre d’agir rapidement afin de lui offrir les meilleures options de soins et d’accompagnement.


Apprenez-en davantage sur les travaux du Dr Thomas Tannou.

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La Fondation remercie chaleureusement Québecor, partenaire présentateur de cette campagne, ainsi que Desjardins, partenaire des capsules vidéo. Elle tient également à remercier la Fondation Mirella et Lino Saputo de son précieux soutien.

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