Avec sa franchise et son authenticité habituelles, Janette Bertrand aborde sans détour un sujet aussi fréquent que tabou chez les personnes aînées : l’incontinence urinaire. En compagnie de la professeure Chantal Dumoulin, physiothérapeute et chercheuse spécialisée en santé des femmes au Centre de recherche de l’Institut de gériatrie de Montréal (CRIUGM), elle explore les causes, les impacts et les solutions liées à cette réalité qui touche directement à l’intimité et à la dignité. Un échange nécessaire, éclairant et porteur d’espoir.

 

Pre Chantal Dumoulin, Physiothérapeute – Chercheuse et directrice de laboratoire,
Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal
Professeure titulaire et responsable de programme, École de réadaptation Université de Montréal

 

Peu discutée, car souvent teintée de honte, l’incontinence urinaire est une réalité dont plusieurs femmes et hommes souffrent en silence. Janette Bertrand ne s’en cache pas : elle connaît l’enjeu de très près… Et elle est loin d’être la seule, comme l’expriment de nombreuses lettres reçues dans le cadre de la campagne Chère Janette, où des personnes aînées racontent les impacts dévastateurs de ce problème de santé, notamment sur leur vie sociale et intime.

1 femme sur 2 touchée par l’incontinence urinaire après 60 ans

Ces témoignages n’ont rien pour surprendre la chercheuse Chantal Dumoulin. Les statistiques révèlent d’ailleurs que le problème est largement répandu. Après l’âge de 60 ans, 1 femme sur 2 vit avec des fuites urinaires, alors que la proportion est d’environ 1 sur 10 du côté des hommes.

Chez les femmes, différents épisodes de la vie – grossesse, accouchement, ménopause – contribuent à affaiblir le plancher pelvien, cette musculature située à la base du bassin qui soutient les organes internes.

Alors, que faire lorsque ce muscle fait faux bond ? Faut-il se résigner à porter des culottes de protection jusqu’à la fin de ses jours? « Les culottes de protection peuvent être utiles, mais il existe d’autres options », affirme la chercheuse.

Des solutions simples pour traiter l’incontinence urinaire

Chantal Dumoulin se veut donc rassurante : l’incontinence urinaire n’est pas une fatalité. Mais pour bien traiter le problème, il faut d’abord cerner le type d’incontinence urinaire qui nous concerne parmi les trois types suivants :

  • L’incontinence urinaire à l’effort : elle se déclenche lorsqu’on tousse, éternue, rit ou en faisant de l’exercice. « C’est un signe que le muscle s’est affaibli et qu’il faut le renforcer », explique-t-elle.
  • L’incontinence urinaire d’urgence : elle se traduit par un besoin pressant et incontrôlable d’uriner – ce que plusieurs décrivent comme une véritable course contre la montre pour atteindre les toilettes. « C’est non seulement le signe d’un muscle affaibli, mais aussi d’une vessie nerveuse », poursuit-elle. Aux exercices de renforcement musculaire du plancher pelvien, s’ajoutent des exercices ciblés pour calmer la vessie. Certaines boissons, comme le café et le thé, peuvent aussi aggraver les symptômes d’envies pressantes. Sans bannir complètement ces boissons, il est judicieux de les éviter juste avant une sortie et de varier les types de liquides consommés.
  • L’incontinence urinaire mixte : il s’agit de la combinaison des deux types précédents. Des exercices spécifiques et des changements ciblés aux habitudes de vie sont les clés pour mieux la contrôler.

Renforcement du plancher pelvien : où, quand, comment ?

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour agir. La pratique régulière de certains exercices peut améliorer significativement la situation. Les programmes de rééducation du plancher pelvien et de la vessie, développés par Chantal Dumoulin et son équipe, de même que des conseils liés aux habitudes de vie sont d’ailleurs offerts gratuitement en ligne.

Et les résultats sont encourageants : selon les données recueillies par le CRIUGM, 75 % des femmes qui suivent le programme ne ressentent pas le besoin de porter une culotte de protection. Mieux encore, après le programme d’exercices de trois mois, les bienfaits peuvent être maintenus à long terme, avec une seule séance d’exercices par semaine. Une petite habitude qui peut avoir un grand impact sur la qualité de vie.

Parlons d’incontinence… avec dignité et respect

Il existe encore beaucoup d’idées reçues et de préjugés sur l’incontinence urinaire. Pour Janette Bertrand, le vocabulaire y contribue, car il peut être infantilisant pour les personnes aînées : « Le mot couche, il faut le bannir de notre vocabulaire. Les couches, c’est pour les bébés. Les adultes, nous portons des culottes », insiste-t-elle. Alors l’incontinence, parlons-en… mais surtout, choisissons les bons mots et faisons-le avec respect !

Pour sa part, Chantal Dumoulin encourage les personnes concernées à en parler avec leur médecin ou à consulter un·e physiothérapeute ayant une expertise en rééducation du plancher pelvien. « Surtout, il faut rester actifs et ne pas laisser l’incontinence urinaire limiter nos activités physiques et sociales », insiste-t-elle.

Heureusement, de simples exercices et changements à la routine peuvent aider à retrouver confort, confiance et liberté au quotidien.

 


Pour en savoir plus sur les travaux de Chantal Dumoulin :


Dans la même série

Découvrez d’autres capsules de la campagne Chère Janette, portant sur des sujets qui vous touchent de près. En savoir plus

En apprendre plus sur le rôle des proches aidants En apprendre plus sur les troubles neurocognitifs
En apprendre plus sur les douleurs chroniques

 

La Fondation remercie chaleureusement Québecor, partenaire présentateur de cette campagne, ainsi que Desjardins, partenaire des capsules vidéo et Fondation Drummond. Elle tient également à remercier la Fondation Mirella et Lino Saputo de son précieux soutien.

La Fondation Institut de gériatrie de Montréal contribue à la recherche de solutions concrètes aux enjeux du vieillissement et à l’amélioration de la qualité de vie des personnes aînées.

Aidez-nous à réaliser notre mission !

Faire un don